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Les réseaux sociaux sont pires que ce que je croyais : pourquoi j'ai quitté X ?

Date de publication : 25-09-2026

Auteur : Xavier Lanne

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Il y a près d'un an et demi, j'ai décidé de créer un compte sur X dans l'idée de promouvoir mon livre L'intimité assiégée, ainsi que mes réflexions. Par souci de cohérence, je n'ai pas communiqué l'existence de ce compte autour de moi. Mon blog et mon livre dénonçant le fonctionnement de ces plateformes (problèmes de vie privée, captation de l'attention, manipulation, etc.), le but n'était pas que mes lecteurs m'y suivent. La seule raison de mon compte était de pouvoir toucher des personnes qui évoquaient ces problèmes en proposant mes réflexions... Et en poussant à quitter ces plateformes.

Certains pourraient croire qu'il s'agit d'un manque de cohérence : dénoncer vigoureusement ces plateformes d'un côté, posséder un compte de l'autre. Pour ma part, je suis convaincu qu'une transition doit être effectuée. Il ne s'agit donc pas de refuser religieusement un moyen, mais de savoir fixer les limites de son usage pour maîtriser les conséquences et éviter les pièges de ce qu'on combat.

Pour contrôler cela, je m'étais fixé plusieurs règles :

  1. Ne jamais aller sur X sans avoir une raison d'y aller ;
  2. Ne pas chercher à maximiser les indicateurs « d'engagement » (nombre de vues, likes, etc.) ;
  3. Ne suivre aucun compte ;
  4. Ne pas cliquer sur les tweets recommandés ;
  5. Autant que possible, rédiger les messages dans une autre application ;
  6. Ne pas utiliser l'application, mais uniquement un navigateur dans une enclave (un conteneur) dédiée.

Je ne pense pas être très exhaustif, mais ces règles me permettaient de minimiser les traces de données personnelles (en limitant les interactions avec le site) et de minimiser le temps passé dessus.

Vous me demanderez : si je n'allais jamais sur X, comment pouvais-je savoir à quoi répondre ? Dans la pratique, j'utilise par ailleurs Squawker, une application open source qui permet de suivre des comptes X sans utiliser le site. Le principe de fonctionnement est le même que Newpipe pour YouTube. C'est par ce biais que je voyais passer la majorité des tweets auxquels j'ai répondu. Les autres pouvaient provenir de blogs ou de groupes de discussions.

L'enfer des réseaux sociaux

Maintenant que le cadre est posé, je vais vous révéler ce que j'ai vu, et ce n'est vraiment pas encourageant. Les réseaux sociaux sont littéralement pires que ce que je croyais.

L'impossibilité de s'exprimer réellement

Le premier constat : il est impossible de rédiger une idée. Je le dénonçais déjà dans mon livre, mais sans avoir testé réellement. J'avais en tête les expériences que j'avais eues avec Mastodon et sa limite de 400 caractères. Sur X, la limite est de 280 caractères.

L'expérience m'a permis de constater : rédiger une pensée en fil X (succession de plusieurs tweets) empêche la visibilité de l'idée. Les utilisateurs regardent le tweet de tête, mais rarement les suivants.

Ma conclusion : il est impossible de véhiculer une idée, sauf si l'on choisit de... payer. Payer est la seule façon de s'exprimer réellement.

J'ai pu constater par ailleurs que les utilisateurs eux-mêmes rédigeaient très rarement des réflexions argumentées. La quasi-totalité des informations n'étaient que des réactions.

La violence des algorithmes de recommandation

Deuxième constat : les algorithmes de recommandation sont extrêmement agressifs. Là aussi, je le dénonçais déjà, mais ne l'avais jamais constaté expérimentalement. Très peu de temps après la création du compte, des recommandations extrêmement agressives me poussaient déjà à réagir dès l'ouverture du site.

Au-delà de cet aspect que je connaissais déjà, j'ai découvert ce que cela impliquait : les fils d'actualité mélangent toutes les informations sans ordre logique à mes yeux. Bon courage pour retrouver une information : pas d'ordre chronologique, pas d'ordre lié au nombre de réactions des messages. Uniquement un fil qui change en permanence, instable par nature. L'information n'a aucun ancrage, elle ne peut pas exister.

Dans mon esprit, X était surtout un Mastodon qui récupérait des données personnelles... Maintenant, je mesure pleinement ce que signifie avoir son fil d'actualité. Je mesure la violence que cela implique. Je comprends le narcissisme qu'il y a lorsque les personnes choisissent de cliquer sur tel ou tel poste dans l'espoir de guider l'algorithme dans sa propre zone de confort lors de la prochaine mise à jour du fil d'actualité.

Lorsque je dis que c'est bien pire que ce que je croyais... J'ai fini par m'ajouter une règle : ne pas regarder le fil d'actualité. C'était ma seule façon de rester libre face à cet outil. Le cas échéant, mon esprit était happé avec une tentation très forte de... réagir. Connaître les mécanismes psychologiques mis en œuvre dans les algorithmes ne nous protège pas. L'être humain ne peut pas rivaliser avec les algorithmes.

Le loto de la visibilité

Troisième constat : dans des circonstances similaires, un tweet peut avoir beaucoup de visibilité (supérieure à 1000 vues) ou n'en avoir quasiment aucune... Ou même : aucune... Et ce, que ce soit un tweet principal ou une réponse à une personne !

Je ne sais pas comment on peut rester indifférent à ça ! Pour faire une analogie, c'est comme si vous déposiez une lettre dans la boîte aux lettres d'une personne, et que la boîte aux lettres avait le pouvoir d'invisibiliser votre lettre aux yeux du destinataire. Si c'est vous qui regardez, elle est présente dans la boîte, mais si c'est le destinataire qui regarde, il n'y a rien.

Les messages sur les réseaux sociaux sont dignes d'une loterie pipée : vous écrivez, vous envoyez, vous voyez que c'est envoyé... Mais parfois, sans aucune explication possible, ce n'est simplement jamais reçu. Et c'est un algorithme inaccessible — qui peut changer à tout moment — qui choisit si ce sera visible ou pas.

En psychologie, c'est un phénomène qu'on appelle le renforcement positif intermittent. On ne sait pas si on va recevoir quelque chose ni même ce qu'on va recevoir... C'est le même principe que les machines à sous à Las Vegas.

Tristan Harris

La guerre contre l'utilisateur

Dernier constat, dont j'avais entendu parler sans jamais en mesurer la violence : le shadow ban.

Définition selon Wikipédia :

Le bannissement furtif ou l’invisibilisation de contenu est, dans une communauté en ligne, le blocage total ou partiel d'un utilisateur ou de sa production, à l'insu de celui-ci. Cela se fait en rendant les interventions de l'utilisateur invisibles ou moins visibles pour les autres membres de la communauté, tout en les gardant généralement visibles pour lui-même, dans l'espoir que l'absence de réactions finira par lasser l'utilisateur et amener ce dernier à adapter ses publications ou à les réduire, voire à quitter la communauté concernée.

Pour ma part, en plus d'avoir subi plusieurs fois ce phénomène, mon compte a été bloqué plusieurs fois sans aucune explication. D'un coup, sans raison, mon compte est bloqué jusqu'à ce que j'aie prouvé que je suis un humain...

Pourquoi ? Aucune raison. Le seul reproche possible, cohérent avec les indications du site : avoir eu un comportement trop « robotique ». Pourtant, il n'y a pas besoin d'algorithmes très sophistiqués pour distinguer un humain d'une machine... Et pour un « comportement robotique », on ne peut pas dire que j'abusais des services (un message de temps en temps uniquement).

Probablement que l'algorithme n'était pas « satisfait » de son incapacité à me cerner précisément, comme c'est le cas pour les autres utilisateurs.

D'ailleurs, avant de clôturer le compte, j'ai demandé l'accès à toutes mes données. Cela me permet d'avoir une idée de ce que les algorithmes ont déduit de mon comportement. Une partie des centres d'intérêt a été découverte, notamment relatifs aux sujets auxquels je réagissais. Cependant, de nombreux autres intérêts semblaient m'avoir été attribués aléatoirement. C'est donc un élément qui me conforte dans le fait que les algorithmes avaient du mal à cerner ma personnalité à travers mon comportement. Ce qui est regrettable, c'est de ne pas avoir la probabilité associée à chaque étiquette qui m'était attribuée. Cela m'aurait donné une idée plus précise.

Toujours est-il que j'ai été bloqué à plusieurs reprises, et que c'est un des éléments qui me pousse à abandonner cette plateforme.

Je constate plus que jamais que les utilisateurs y sont piégés. Le contrat semble imposé : se soumettre à la dictature des algorithmes, à la manipulation individualisée, à l'abdication de l'intelligence, de la vertu et de la vie privée... Ou ne pas utiliser la plateforme. Si l'on ne se soumet pas, on est bloqué sans pouvoir s'en rendre compte facilement.

Le choix était donc vite fait.

Conclusion

Si je n'avais pas été formé aux fonctionnements des réseaux sociaux et que je n'avais pas eu le recul de plusieurs années de réflexion sur ces sujets, probablement que, comme toute personne, je me serais battu contre les algorithmes pour gagner une petite place, un peu de visibilité.

Mais pour quoi faire au final ? Je ne souhaite pas avoir à me battre pour simplement proposer une réflexion. Cela ne correspond pas à ce que je crois. La plateforme ne veut pas que je m'exprime, sans me renier. J'ai d'autres lieux d'expression qui me permettent de m'exprimer librement. Il suffit de les investir.

Les conclusions que je tire de cette expérience sont alarmantes dans notre contexte... Parce que je constate une unanimité pour défendre les réseaux sociaux au nom de la liberté d'expression.

Mais je pose la question : de quelle liberté d'expression parlons-nous ?

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