Dans une récente vidéo, M. Phi montre que le monde se divise en deux catégories face à l’IA :
- les « dualistes », qui croient en la distinction entre le corps et l’âme et affirment que l’IA ne pourra jamais avoir une intelligence semblable à celle de l’homme ;
- ceux qui estiment, au contraire, que les capacités de l’IA vont bientôt dépasser celles de l’homme, puisque l’intelligence serait entièrement contenue dans le corps.
Les choses sont peut-être plus subtiles qu’il n’y paraît : et si ces deux points de vue n’étaient pas si opposés ?
Sommaire
- Abstraction dans le cerveau humain
- Abstraction pure et absolue
- Langage et connaissance
- Concomitance de l’âme et du corps
- L’IA ne dépassera pas l’homme ?
Abstraction dans le cerveau humain
L’abstraction est le « fait de considérer à part une qualité, une relation, indépendamment des objets qu’on perçoit ou qu’on imagine. »1
En d’autres termes, l’abstraction consiste à se détacher de l’objet lui-même pour considérer sa signification et son sens. Prenons l’exemple de la reconnaissance de la parole.
Cas de la reconnaissance de la parole
Quand on cherche à reconnaître la parole, l’abstraction consiste à extraire du son les mots en ignorant la prosodie (traits oraux, musicalité de la voix, etc.). L’homme réalise cette tâche naturellement. Depuis quelques années, la machine est tout à fait capable de réaliser cette tâche (cf. whisper par exemple).
En ce sens, la machine réalise déjà une certaine abstraction puisqu’elle est capable de reconnaître les mots, quel que soit le rythme, le timbre ou la hauteur de l’expression orale du locuteur. Elle est également capable d’ignorer, dans une certaine mesure, les sons environnants non pertinents.
À ce stade, pour l’homme comme pour la machine, il est tout à fait possible de replacer les termes entendus dans un contexte plus large : histoire personnelle, environnement, souvenir, mémoire, etc.
On remarque ici que l’abstraction est réalisée dans un ordre naturel, reposant sur la technologie des réseaux de neurones. Cette tâche, qui nécessite une certaine abstraction, n’est donc pas réservée à l’homme et peut être réalisée par la machine. Elle consiste à regrouper des événements singuliers selon des caractéristiques (ici : regrouper certaines successions de sons au même mot).
Cependant, reconnaître les mots ne signifie pas avoir compris et saisi les idées exprimées, les concepts eux-mêmes. Il y a là une deuxième forme d’abstraction, qui consiste à connaître et à comprendre les idées en elles-mêmes, totalement détachées de la matière et des expériences sensibles.
Abstraction pure et absolue
On peut donc distinguer deux formes d’abstraction :
- Une abstraction relative, réalisée par le cerveau (les réseaux de neurones) : elle permet de regrouper des informations sensibles entre elles selon des caractéristiques communes. La connaissance est donc relative aux connaissances précédentes. La compréhension reste simplement matérielle et relative, donc limitée. Elle permet de comprendre la présence d’une pomme, de différencier une pomme d’une banane ou d’une cerise.
- Une abstraction absolue, réalisée par l’intelligence (une des facultés de l’âme spirituelle) : elle permet de connaître les concepts en eux-mêmes, totalement détaché de la matière et de l’expérience sensible. Elle permet, par exemple, de comprendre l’idée du bien et du mal, et non leur simple application concrète dans des situations singulières.
L’intelligence est immatérielle
Cette abstraction absolue ne peut qu’être l’œuvre de l’intelligence. Seul l’homme possède cette faculté spirituelle qu’est l’intelligence. Elle nous permet de saisir les concepts en eux-mêmes, l’essence des choses de façon absolue.
Or, comme une simple matière singulière ne peut pas contenir sa propre définition toute entière, il s’ensuit que l’intelligence (qui connaît l’absolue) ne peut être réalisée par la matière elle-même. De la même manière qu’un thermomètre ne contient pas la température (l’idée de température), mais une mesure de la température.
Pourtant, face aux capacités de raisonnement et de linguistique de l’IA, on ne peut que remettre en cause cette conception dualiste du monde, qui veut que l’intelligence traite les concepts abstraits. Les capacités de la machine à écrire sur des concepts abstraits (par exemple, la liberté, le bien, Dieu) devraient prouver qu’elle maîtrise l’abstraction absolue. Ainsi, il n’y a nul besoin de recourir au spirituel pour connaître les concepts (ou bien, on pourrait considérer la machine comme spirituelle…).
Langage et connaissance
Il est à ce stade important d’introduire une distinction majeure : le langage et la connaissance. Ces deux notions sont étroitement liées, raison pour laquelle la confusion est courante. Le langage est un moyen concret d’exprimer les idées abstraites (la connaissance).
Le langage humain, un mécanisme naturel stimulé par l’intelligence
La capacité de l’homme à connaître par son intelligence les réalités absolues est peut-être la raison qui l’a poussé à développer le langage, plus que tout autre animal. C’est, en quelque sorte, poussé par le besoin d’exprimer et de transmettre aux autres les pensées connues dans son intelligence qu’il a développé les capacités de langage.
Il fallait donc d’abord une véritable intelligence pour créer le langage. Car, comme l’indique la Genèse, l’homme est bien l’auteur des mots : « l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. » (Genèse 2, 19-20)
Ainsi, l'homme ne nomme pas (pas toujours du moins) les choses pour les distinguer entre elles. Son intelligence les distingue déjà, puisqu’il a la connaissance absolue de la nature des choses (attention : ce n’est plus totalement vrai, cf. la suite ;). Il les nomme plutôt pour les exprimer et les transmettre. En ce sens, communiquer aux autres les vérités connues est une forme de charité. Saint Thomas d'Aquin dit d'ailleurs lui-même : « il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement. »
Ainsi, l’homme matérialise dans des réalités concrètes les distinctions subtiles de la connaissance intellectuelle (absolue) contenue dans son intelligence. C’est donc de ce besoin inexorable d’exprimer matériellement les réalités abstraites que le langage a émergé (langage verbal, artistique, etc.).
Le langage artificiel, un mécanisme imité de la nature
De son côté, l'IA pourrait tout à fait nommer de nouvelles choses, non pour exprimer une idée connue dans une véritable intelligence, mais plutôt pour exprimer un regroupement d’objets suivant des caractéristiques similaires. Cela lui permettrait d’augmenter ses performances par la suite.
Pour le moment, les expériences montrent que les petits modèles sont incapables de s’autoaméliorer sur les capacités linguistiques2. Au contraire, quand un petit modèle s’autoentraîne sur l’apprentissage des langues, ses performances diminuent. Cela nous permet de penser qu’aucun animal n’aurait pu développer un langage très évolué s’il n’avait pas déjà, par ailleurs, une connaissance évoluée des concepts abstraits.
Ainsi, les rares animaux qui ont développé quelques capacités de communication ne disent rien de très profond. L’IA développée par Google pour traduire le langage des dauphins montre plutôt que les conversations se limitent aux aspirations les plus animales : la nourriture, la sexualité, etc.
Ce n’est donc qu’une fois le langage inventé qu’on peut utiliser cette matière (capable de distinguer avec finesse les réalités) pour créer des machines capables de voir ces subtilités (qui ont donc été découvertes au préalable par une véritable intelligence).
Finalement, si l’IA a développé le langage, ce n’est absolument pas parce qu’elle a appris les concepts absolus, mais parce qu’elle a simplement appris à reproduire le langage humain.
En ce sens, on peut assez facilement déduire que l'IA ne créera jamais de nouveau concept à partir de rien. En revanche, elle le pourra certainement à partir de raisonnements logiques et de bases de faits. Mais il y a fort à parier qu’aucune IA ne créera de raisonnement philosophique fiable si elle n’apprend pas d'abord un langage créé de l’homme. On suppose donc ici une IA qui n’observerait jamais, de quelque façon que ce soit, un langage.
Le mode de traitement du langage par l’IA
Pourtant, c’est face aux capacités de l’IA à proposer des textes avancés traitant de réalités abstraites telles que la liberté, la morale ou Dieu qu’il semble évident que l’IA possède la capacité de connaître l’absolu aussi bien que l’homme.
Ainsi, la machine contredirait aujourd’hui l’affirmation de saint Thomas d’Aquin lorsqu’il affirme que les animaux (contrairement à l’homme) ne peuvent connaître que les choses dans leur singularité. Pour l’Aquinate, un chien peut connaître tel os, mais pas le concept d’os.
Puisque l’IA est capable de parler du concept d’os, comme de ceux, un peu plus complexes, de liberté ou de Dieu, il est tentant de conclure qu’elle possède les idées purement abstraites.
En réalité, comme nous pouvons le déduire de ce qui a été dit plus tôt, l’IA ne traite pas les mots comme l’homme, mais comme des réalités singulières. Chaque mot est traité comme une réalité singulière concrète, au même titre qu’une pomme ou qu’un os.
Pour nous, êtres humains, il est évident que lorsqu’on lit des textes sur la liberté, le mot liberté nous renvoie à un concept et à un absolu. Pour l’IA, le mot liberté est simplement un mot, de la matière comme le serait une pomme dans un arbre ou un caillou sur une plage.
De cette façon, l’IA peut traiter les mots facilement. Elle peut créer des phrases grâce à l’apprentissage statistique, qui lui a appris à enchaîner correctement les mots suivant le contexte. Mais l’IA ne comprend pas le sens absolu du mot comme l’homme.
Elle comprend en revanche le sens des mots relativement aux autres mots. Elle distingue donc le terme « banane » de « pomme » en tant qu’ils ne s’écrivent pas de la même manière. Elle est aussi capable de distinguer des mots identiques en fonction de leur contexte (et non plus de leur forme écrite) : « avions » peut désigner un aéronef ou le verbe avoir.
Enfin, l’IA comprend les mots en fonction de leur sémantique. Deux termes désignant une réalité similaire sont plus proches qu’un terme qui n’a rien à voir. « Père » est plus proche de « Mère » que de « ballon »… (Quoique…) Les mots sont projetés dans un espace à hautes dimensions où les termes proches sont situés à proximité, et les termes opposés sont très éloignés.
L’espace de représentation (où sont projetés les mots) démontre bien que l’IA saisit le sens des mots uniquement de manière relative, relativement les uns aux autres, et non dans l’absolu comme le permet l’intelligence humaine.
De la concomitance de l’âme et du corps
Ces dernières années, le développement de la neurologie a permis d’observer la façon dont se forment les idées dans le cerveau. Encore une fois, ces observations scientifiques semblent contradictoires avec l’idée d’une intelligence immatérielle connaissant les concepts absolus. Et encore une fois, cette contradiction n’est qu’apparente (ouf !).
En effet, l’erreur serait de croire qu’il y a d’un côté l’âme, et de l’autre le corps, chacun ayant ses propres tâches. Au contraire, l’Église, notamment par les enseignements de saint Thomas d’Aquin3, nous enseigne que le corps fait entièrement partie de l’âme humaine (raison pour laquelle nous croyons en la résurrection des corps lors de la parousie : après la mort, il n’est pas dans l’ordre des choses que l’homme soit sans corps).
Considérant cette conception de l’âme et du corps, on comprend facilement que les deux formes d’abstraction et de connaissance ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Au contraire, il semble y avoir une concomitance entre les deux.
Deux « esprits », une seule âme
Il y a une certaine convenance à ce que l’intelligence puisse s’incarner dans le corps par les moyens les plus appropriés. Et puisque les réseaux de neurones permettent une abstraction relative, il semble assez logique que ce soit à travers eux que l’intelligence s’incarne.
En revanche, la matière ne pourra jamais incarner l’immatériel (les idées pures), de même qu’un thermomètre n’incarnera jamais la température (l’idée), mais n’est qu’un instrument de mesure d’un état de la matière.
Ainsi, l’intelligence et le cerveau semblent, chacun à leur manière, se suivre et incarner la pensée humaine, de façon concomitante.
Les deux formes « d’esprit » deviennent complémentaires :
- L’esprit spirituel : il traite les objets avec une abstraction absolue, pure dans l’intelligence. Il a pour finalité la contemplation de la vérité, puisque c’est dans sa nature de connaître et que sa finalité ne peut être matérielle.
- « L’esprit » naturel : il est notamment le miroir des pensées pures, incarnées dans la matière. Ces pensées incarnées perdent alors leur caractère absolu, puisque, dans l’ordre naturel, le cerveau ne peut connaître que des individus singuliers et non des réalités abstraites pures.
En somme, il y a une véritable interdépendance entre l’esprit immatériel et matériel.
Cette conception nous permet d’échapper délicatement au « dualisme » dénoncé par M. Phi. Nous réfutons en ce sens cette conception selon laquelle l’âme et le corps sont deux réalités distinctes. Au contraire, pour nous, les deux sont concomitants et complémentaires dans des ordres différents : spirituel et matériel.
La gouvernance de l’esprit
Il semble n’y avoir aucune prédominance d’un des deux esprits sur l’autre.
En effet, d’un côté, certaines expériences (personnelles ou scientifiques) montrent que le cerveau guide notre intelligence. C’est notamment le cas avec les moyens intrusifs modernes comme les implants cérébraux, conçus pour modifier nos pensées. De même, aujourd’hui, on identifie plusieurs zones dans le cerveau responsables des expériences religieuses (notamment le lobe temporal droit). Si on en fait l’ablation, il y a fort à parier que la personne perde la foi.
D’un autre côté, nous savons intimement que notre intelligence peut mener des raisonnements approfondis, ce qui signifierait que l’intelligence prédomine sur l’enchaînement des idées dans le cerveau. Dans un autre registre, des miracles ont montré la capacité du corps à récupérer des facultés malgré la présence physique de la maladie. Ces expériences extraordinaires témoignent d’une primauté évidente du spirituel sur la matière.
D’un point de vue plus intuitif, il semble ordonné que l’esprit spirituel, de nature plus noble et absolue, gouverne l’esprit naturel.
Il est probable que telle était bien le cas dans l’ordre originel, puisque l’un des quatre dons préternaturels était l’intégrité. Il désignait la capacité à maîtriser pleinement les passions du corps, soulignant ainsi la prépondérance du spirituel sur la matière. Malheureusement, l’homme s’est séparé de cette vertu en commettant le péché originel.
Ayant perdu le don de l’intégrité, l’esprit spirituel semble à présent davantage tributaire du fonctionnement naturel du corps, permettant aux tentations de surgir dans l’intelligence de façon incontrôlée.
De même, nous avons dit plus tôt que l’homme nommait les choses parce qu’il avait déjà dans son intelligence la connaissance absolue. C’était vrai avant le péché originel grâce à un autre don préternaturel : la science infuse. Cependant, il faut à présent beaucoup travailler pour prendre connaissance de la nature des choses. La Bible nous l’enseigne en ce sens : « C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie. » (Genèse 3, 17), sachant qu’il y existe une nourriture terrestre, qui demande l’effort physique, et une nourriture spirituelle, qu’est la vérité et la contemplation de Dieu.
L’IA ne dépassera pas l’homme ?
Comme expliqué en introduction, il y a aujourd’hui deux grandes positions sur l’IA :
- ceux qui affirment que l’IA va dépasser les capacités humaines, car c’est la tendance très clairement observée, générant des risques existentiels importants ;
- ceux qui affirment que c’est impossible et qu’elle ne représente pas de danger, parce qu’elle n’a pas d’intelligence semblable à l’intelligence humaine.
Pour répondre le plus justement à cette question, il faut d’abord souligner une subtilité : les deux justifications ne s’opposent pas fondamentalement. C’est la vision de l’homme qui est abordée selon deux points de vue différents.
La première chose que nous pouvons dire est : non, l’IA n’aura jamais l’intelligence de l’homme, comme nous l’avons vu plus tôt.
La seconde chose : non, l’IA ne dépassera jamais l’homme dans l’absolu. Pourquoi ? Parce qu’on n'a pas la même nature, et qu’on ne compare pas les mêmes choses. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire qu’une tomate, même grosse, a dépassé un melon, même petit ! Les deux ne sont simplement pas comparables, car de nature différente.
Or, comme nous l’avons vu plus tôt, on ne peut pas mesurer l’intelligence humaine, qui connaît l’immatériel. En ce sens, nous ne pouvons pas comparer l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.
Pour cette raison, les personnes qui disent que l’IA ne dépassera jamais l’homme ont, dans l’absolu, raison.
Être dépassé…
En revanche, la question plus délicate est la suivante : l’IA peut-elle dépasser les capacités humaines ?
Par « capacités humaines », on désigne alors quelque chose de mesurable et quantifiable, et non la nature humaine. En ce sens plus relatif, on peut penser que l’IA dépassera l’homme, ce qui est déjà le cas sur certaines tâches, et se généralisera peut-être à toutes les tâches, aussi bien matérielles que cognitives.
En effet, nous avons montré plus tôt une distinction entre deux « esprits » : naturel et spirituel. Le premier est directement responsable de tous les actes concrets matériels posés par l’homme. Le second est responsable de notre connaissance de la vérité et de la volonté (vouloir le bien), deux actes immatériels et non mesurables.
En conséquence, si l’on ne reproduit que l’aspect naturel en recréant un mécanisme fonctionnant sur le même principe, on a des raisons de penser que la machine réagira de la même manière à son environnement, mais sans les limitations liées à notre spiritualité (liberté, jugement moral, etc.). L’IA pourrait donc dépasser l’homme sur toutes les tâches mesurables.
Découle alors de cette affirmation que les dangers dénoncés par de nombreux experts en IA (perte de contrôle, manipulation, etc.) sont bien réels. Ne pas posséder de véritable intelligence n’empêche pas la machine d’être un vrai danger pour l’humanité. Les deux questions sont de nature différente et ne s’opposent pas : l’une concrète (danger pour l’humanité), l’autre philosophique (nature de l’intelligence).
…ou être affaiblie
Le plus grand danger de l’IA réside dans sa définition même (donnée par les grands groupes qui la développent) : une machine capable de résoudre tous les problèmes que l’homme peut se poser. Cet objectif, inscrit aux fondements de cette discipline rend ce domaine mauvais par nature, car il ignore et occulte ce qui confère à l’homme sa dignité.
Finalement, la discipline de recherche qu’est l’IA plonge le monde dans un « fonctionnalisme » (Antiqua et Nova, §34) qui privilégie la performance à la vertu.
Ainsi, même si, comme nous l’avons montré plus tôt, l’IA pouvait reproduire tous les actes humains – et même mieux que l’homme – elle le ferait sans liberté, sans morale et sans vertu. Ces valeurs immatérielles, ancrées dans la vie spirituelle, sont réservées à l’homme.
À force de se concentrer sur la performance mesurable et quantifiable, ce n’est peut-être pas l’humanité que l’IA va détruire, mais son plus grand trésor : sa vie spirituelle.
- ↩︎ https://dictionnaire.lerobert.com/definition/abstraction
- ↩︎ Attention, on parle bien des capacités linguistiques, et non de capacité sur des problèmes logiques. Certaines expériences ont montré, au contraire, l’auto-amélioration de LLM sur des tâches telles que la programmation. Cependant, cette tâche peut facilement être autoévaluée par le modèle, puisque le résultat est soit vrai, soit faux.
-
↩︎
Saint Thomas d’Aquin, Somme de Théologie, Ia, Q.75, a.4 : « Puisqu’on ne donne le nom d’homme qu’à celui qui remplit toutes les fonctions propres à la nature humaine, et que d’ailleurs l’âme sans le corps ne peut produire les phénomènes qui tiennent à la sensibilité, il est évident que l’homme n’est pas seulement l’âme, mais un composé de corps et d’âme. »
Somme de Théologie, Ia, Q.75, a.5 : « On peut le prouver spécialement par la nature de l’âme humaine en tant qu’elle est intelligente. Car il est évident que tout ce qui est reçu dans un être y est reçu selon la manière d’être du sujet qui le reçoit. Ainsi un être est connu suivant la forme qu’il a dans le sujet qui le connaît. Or, l’âme intelligente connaît les choses dans leur nature absolue ; par exemple elle connaît la pierre dans ce qu’elle a d’absolu. Par conséquent la forme de la pierre est absolument selon sa propre raison formelle dans l’âme intelligente. L’âme est donc elle-même une forme absolue et non un composé de matière et de forme. Car si l’âme intelligente était composée de matière et de forme, les formes des choses seraient reçues en elle individuellement. Ainsi elle ne connaîtrait que le particulier comme les facultés sensitives qui reçoivent les formes des choses dans un organe corporel. Car la matière est le principe de l’individualisation des formes. Il est donc nécessaire que l’âme intelligente et que toute substance intellectuelle qui connaît les formes d’une manière absolue ne soit pas composée de forme et de matière. »